Mandarine

Avec l’ongle du pouce, dessiner une petite entaille dans la peau du fruit

Ce premier contact me renseigne de sa qualité gustative

Ainsi que les 3 petites perles de zeste qui accompagne la blessure

Puis, détacher la peau,

Lentement

Précautionneusement

Pour n’avoir qu’une seule et unique écorce

Me voilà avec le fruit nu

Je poursuis en détachant la dentelle blanche qui recouvre cette sphère odorante

Puis j’en viens à détacher les éclats

Je les pose un par un devant moi

Et je leurs prodigue le même sort :

Délicatement, je retire les bas blancs de ces quartiers bombés

Détacher la guipure

Hypnotisée et concentrée afin que tous ces fils blancs disparaissent

Et qu’il ne reste que la douce peau soyeuse ; orange tendre

La promesse de saveursssss

Je jubile et me satisfait de ce travail minutieux

Chaque année, c’est le même rituel

Ma première mandarine

Un voyage dans le temps

Le temps où enfant,

J’avais le temps

Le temps de déshabiller chaque mandarine avec une minutie extrême

Une application méditative

Chaque nouvelle mandarine augurait la promesse d’un travail parfait

je gagnais en dextérité

J’exposais devant moi le manteau détaché d’une seule pièce

La dentelle qui recouvrait la peau délicate

Pour enfin contempler chaque cuisse parfaitement lisse et douce

Parce que j’étais enfant

Parce que le temps n’était pas mon maître

Parce que l’importance d’une mandarine bien décortiquée

Prônait à toute autre activité

Et parce que durant toute cette œuvre appliquée,

L’odeur de ces mandarines sont devenues à jamais

Synonyme de bien être

De temps retrouvé

Et même de temps hors du temps

La mandarine et sa couleur orange qui vient illuminer par son apparence et son odeur

La fin du jour ou la nuit domine dès le milieu d’après-midi

Et qui faisait que je créais

Toute à ma besogne des histoires et des ambiances

Intimes et éternelles.